Aller au contenu
Cohésion d'équipe en entrepriseQu’est-ce qui vous ferait avancer ?

Plateau Team building · case 8

Le team building à distance : ce qui fonctionne en visioconférence, et ce qui tombe à plat

Sections
5
Lecture
5 min
Mots
900
Webcam posée sur un écran, l'outil des ateliers d'équipe à distance

Le team building à distance s’est installé en quelques semaines, en 2020, et il en garde les habitudes : on a pris ce qui se faisait en salle et on l’a mis dans une visioconférence. Le quiz est devenu un quiz en ligne, le jeu de piste un jeu de piste virtuel, l’apéritif un apéritif où chacun tient son verre devant sa webcam.

Certaines de ces transpositions tiennent. La plupart non, et pas pour la raison qu’on croit : ce n’est pas la qualité de l’animation qui manque, c’est ce qu’une salle apporte sans qu’on le lui demande.

Ce que l’écran supprime, et qui n’est pas l’activité

Dans un team building en présentiel, l’activité occupe la moitié du temps. Le reste est fait de marges : le trajet partagé, la file devant le café, les dix minutes où l’on attend que tout le monde revienne, le déjeuner, le retour. Ces marges ne figurent sur aucun programme, et ce sont elles qui produisent l’essentiel de ce qu’on cherche — deux personnes qui ne travaillent jamais ensemble découvrent qu’elles ont un sujet en commun, quelqu’un pose enfin une question qu’il n’osait pas poser en réunion.

Une visioconférence n’a pas de marges. Elle a une scène centrale, une seule conversation à la fois, et un bouton pour partir. Personne ne croise personne dans un couloir. La conséquence est mécanique : si l’activité elle-même ne produit pas les échanges, rien ne les produira.

C’est pourquoi les formats qui marchent le mieux en salle sont souvent ceux qui marchent le moins bien à l’écran. Une grande activité collective avec trente personnes fonctionne en présentiel parce qu’elle fabrique des petits groupes spontanés. À distance, trente personnes dans une même vignette, c’est vingt-huit spectateurs et deux qui parlent.

Ce qui tombe à plat

Le quiz général et le blind test occupent le temps sans rien faire circuler : on y répond seul, la performance est individuelle, et l’équipe n’apprend rien d’elle-même. Ils sont agréables une fois et lassants la deuxième.

L’« escape game virtuel » souffre d’un défaut plus discret : l’énigme réclame un coordinateur, et le rôle revient toujours à la même personne — celle qui parle le plus vite. Les autres regardent. Ce qu’on voulait montrer — que le groupe résout mieux qu’un individu — est démenti par la mécanique même du jeu.

Enfin, le format long. Une demi-journée de team building à distance est épuisante d’une façon particulière : l’attention à l’écran ne se relâche jamais, puisqu’on est toujours filmé. Le même contenu en salle laisse respirer ; à l’écran, il essore. C’est une des limites que le team building ne franchit pas quel que soit le budget qu’on y met.

Ce qui fonctionne

Trois caractéristiques reviennent dans les formats qui tiennent à distance.

Le petit effectif. Quatre à six personnes par salle virtuelle, pas davantage. Au-delà, la parole se concentre sur deux ou trois voix. Si le groupe est plus grand, il faut des sous-groupes réels, avec un temps de restitution court — et accepter que l’animateur ne voie pas tout ce qui s’y passe.

Un objet à produire. Les formats qui tiennent demandent au groupe de sortir quelque chose : un choix argumenté, une liste hiérarchisée, une solution à un cas réel de l’entreprise. Non parce que le résultat servira, mais parce qu’un objectif commun impose de se répartir les rôles, et que c’est cette répartition qui montre l’équipe à elle-même. La question du choix de l’activité se pose donc à l’envers de l’habitude : on part de ce qu’on veut voir apparaître, pas du catalogue.

Le travail sur une situation réelle. C’est le format le plus efficace à distance, et le moins spectaculaire. Un participant expose une difficulté professionnelle concrète, le groupe questionne avant de conseiller, et repart avec des pistes. Cette mécanique supporte très bien l’écran, parce qu’elle est verbale de bout en bout et qu’elle distribue la parole par construction. L’atelier de codéveloppement professionnel en est la forme la plus aboutie, et il n’a rien perdu à passer en visio.

La durée, le rythme, l’hybride

Quatre-vingt-dix minutes constituent un plafond raisonnable à distance, et soixante suffisent souvent. Mieux vaut trois séances d’une heure réparties sur un trimestre qu’une demi-journée unique : la répétition construit davantage qu’un événement, et elle coûte moins cher en attention.

Le cas hybride — une partie de l’équipe en salle, l’autre derrière un écran — mérite un avertissement. Il cumule les inconvénients des deux formats : ceux qui sont dans la salle vivent une journée normale, ceux qui sont à distance regardent une journée à laquelle ils ne participent pas. Les conversations de marge existent, mais pas pour eux, et l’écart se voit à la fin. Si le budget impose l’hybride, autant assumer le tout-à-distance : il est plus juste.

Ce à quoi il faut renoncer

Un team building à distance ne produira pas ce qu’un séminaire résidentiel produit. Partager un repas, marcher ensemble, se voir fatigué : cela ne se transpose pas, et prétendre le contraire installe une déception.

En revanche, la régularité est plus accessible à distance qu’en présentiel — pas de déplacement, pas de salle, pas de journée bloquée. Une équipe qui se retrouve une heure chaque mois dans un format qui la fait travailler ensemble avance plus qu’une équipe qui vit un grand moment une fois l’an. C’est un autre usage de l’outil, et pour beaucoup d’organisations c’est celui qui manquait.