Laetitia DESFOSSES : L’importance des soft skills dans une carrière professionnelle

Laetita DESFOSSES

Dans le cadre du Congrès Soft Skills du 9 juin 2017 co-organisé avec les étudiants de l’EDC Paris Business School (MBA), des interviews de professionnels sont réalisées sur le thème des soft skills.

Aujourd’hui, nous partageons avec vous le témoignage de Laetitia DESFOSSES, Directrice des Participations chez Econocom. Cette interview a été menée par Marine CRATERE et Anges NKONTA, étudiantes en MBA à l’EDC.

Soft skills, carrière et évolution professionnelle

Après des études en école de commerce, complétées par du droit fiscal puis par un diplôme d’expert comptable , Laetitia Desfossés a travaillé dix-huit ans dans le monde de la Finance dont quatre chez Econocom avant de se créer une toute nouvelle fonction.

En effet, sa véritable fonction est Directrice des Satellites (traduit sur sa carte de visite par Directrice des Participations). Ce poste a été créé il y a 2 ans au sein du groupe Econocom et Laetitia s’est positionnée pour un changement radical de carrière. Sa reconversion est un exemple de l’importance des Soft Skills en entreprise.

Son travail consiste aujourd’hui à animer un modèle unique, appelé la Galaxie, modèle basé sur des prises de participations dans des Satellites (PME innovantes positionnées sur le marché de la transformation digitale) et dans lequel ces Satellites gardent une autonomie et une agilité préservée, tout en bénéficiant des avantages d’être dans un grand groupe. Elle développe ainsi des synergies d’offres et joue un rôle de business developer entre ces Satellites et le groupe Econocom, dans un modèle basé sur un rapport de confiance et non un rapport de force.

EDC : D’où est venu l’idée de cette nouvelle fonction? Quel a été le processus interne?

L. Desfossés : Fort du constat que les relations changent dans le monde professionnel et que la transformation digitale remet en cause les organisations, le groupe Econocom a décidé de repenser sa façon de gérer des acquisitions. Plutôt que d’intégrer à 100%, au risque de perdre la valeur et l’agilité des PME complémentaires à son domaine de compétence, le groupe a décidé de créer un nouveau modèle, particulièrement innovant et attractif, basé sur l’entreprenariat, la confiance et l’autonomie de ses filiales.

Après 18 ans en Finance et de nombreux postes, j’avais le souhait de me rapprocher de l’opérationnel et j’ai été séduite par ce modèle. Je me suis donc naturellement proposée pour en être la garante.

Econocom est un groupe qui permet à ses collaborateurs d’évoluer. Mon souhait a été pris en compte et après une période de passation de quelques mois sur mon ancien poste, j’ai pris mes nouvelles fonctions.

EDC : Quelles ont été vos motivations pour vous présenter à la tête du projet ?

L. Desfossés : J’avais envie de renouveau, de travailler avec tous les métiers du groupe mais aussi avec nos clients/prospects, nos entrepreneurs. J’avais également envie de faire connaître ce modèle à l’extérieur. Travailler et communiquer avec tout un écosystème de partenaires me motivait beaucoup.

Certes j’ai pris un risque car j’étais reconnue sur mon expertise financière au sein du groupe, aujourd’hui je ne regrette pas du tout ce choix et j’ai trouvé une nouvelle place . Je n’ai plus de management direct mais je travaille en transverse donc finalement avec beaucoup plus de monde qu’avant. Décloisonner mon quotidien a été une motivation et un révélateur de ma vraie personnalité, qui ne s’exprimait que partiellement dans la finance.

EDC : Quelles sont les qualités requises pour effectuer votre travail ? Hard et Soft, lesquelles ont le plus d’impact sur votre réussite ?

L. Desfossés : Quand j’ai pris ce job, aucune job description n’existait ! Sur le plan des compétences théoriques, aucune en particulier si ce n’est ma bonne connaissance du groupe puisque j’y travaillais depuis déjà 4 ans ce qui m’a permis de créer des contacts et des synergies commerciales plus facilement.

Sur le plan des soft skills, les plus importantes me paraissent liées :

    • à la capacité à travailler avec tout le monde, d’être ouvert à la différence et la nouveauté
    • à être flexible, agile et réactive puisque aucun jour ne ressemble à un autre et je n’ai pas de feuille de route prédéfinie (mon rôle consiste à faire en sorte que le modèle soit un succès)
    • à écouter et comprendre les besoins, en particulier business, des entités pour trouver la meilleure réponse possible  
    • à communiquer, toujours et encore, afin de faire connaître très vite les premiers succès, attirer d’autres futurs entrepreneurs et collaborateurs

EDC : Vous n’avez pas été formée (« au niveau scolaire ») au poste en question, avez-vous tout appris sur le terrain avant d’occuper ce poste ou sont-ce vos Soft Skills qui vous ont permis de faire le plus gros du chemin une fois en poste ?

L. Desfossés : Je pense que c’est un peu les deux. Chacun a en soi des soft skills innés et d’autres que l’on développe. Personnellement, je suis naturellement à l’aise avec le risque, les environnements incertains et l’autonomie inhérente à cette fonction. Je suis une femme de projet donc mobiliser des équipes et mettre en mouvement l’organisation sans avoir de lien hiérarchique sur ces personnes m’est familier.

Je pense en revanche que j’ai beaucoup travaillé sur les aspects communication, que j’avais peu pratiqué dans mon ancienne fonction.

Et puis par-dessus tout, je pense avoir beaucoup d’intuition et de bon sens. Il faut savoir l’écouter et se laisser porter par cette intuition. Si on pense au risque d’échec, on n’avance pas, il faut l’accepter et toujours avoir en tête qu’on apprend plus de ses échecs que de ses succès ! (Une mauvaise décision décelée rapidement est mieux que le manque de décision tout court.)

EDC : Une telle reconversion implique beaucoup d’investissement personnel, pouvez-vous nous en parler ?

L. Desfossés : Je suis maman de 3 enfants donc 3 fois plus organisée mais aussi avec pas mal de contraintes personnelles.

Dans cette fonction, je suis maître de mon organisation mais pas toujours maître du temps. J’ai toujours privilégié l’efficacité : je préfère tester rapidement une solution quitte à revenir dessus, plutôt que de réfléchir plusieurs semaines à la meilleure façon de procéder. Travailler par test and learn est une méthode efficace.

Pour que ma mission fonctionne et soit un succès, il fallait aller vite et communiquer sur les premiers succès pour faire boule de neige. L’investissement de départ a donc été plus lourd mais ma vie personnelle passe toujours avant ma vie professionnelle. C’est un équilibre vital pour moi, sans lequel je ne suis pas bien, je ne suis pas moi. Je pense que je me donne à 100% dans cette mission et que ce ne serait pas le cas si je ne trouvais pas cet équilibre.

EDC : Le bien-être au travail reste peu privilégié aujourd’hui en entreprise et est souvent perçu comme un luxe. Cependant, c’est une notion qui semble primordiale pour vous. Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous faire partie d’un groupe restreint de « chanceux » ?

L. Desfossés : Je n’ai pas de statistiques en tête mais j’ai en tout cas la chance d’être dans un groupe qui encourage les initiatives et qui encourage ses collaborateurs à innover. J’ai juste saisi l’opportunité au bon moment.

EDC : L’adéquation homme-projet vous paraît-elle une condition sine qua non du bien-être au travail ?

L. Desfossés : Quand une personne remplit via son CV 100% des compétences requises sur un poste, pour moi il ne s’agit que de 50% du problème. Chaque recruteur devrait se poser les questions suivantes : la personnalité de ce candidat va -t-elle correctement s’intégrer dans l’ADN du groupe ? Est-il/elle suffisamment flexible pour s’adapter à un nouvel environnement ? A un marché où tout va de plus en plus vite ? Quelles sont ses attentes et aspirations en nous rejoignant ? Sans cette deuxième facette des choses, le recrutement est très incertain.

EDC : Pensez-vous que toutes les entreprises devraient permettre à leurs employés de découvrir une autre facette de leur métier ?

Desfossés : Oui très certainement, je pense d’ailleurs que des expériences de « vie ma vie » devraient être proposées dans le parcours des collaborateurs, ce qui leur donnerait l’occasion de voir comment travaillent leurs collègues, quels sont leurs joies et leurs peines.

EDC : Diriez-vous que les Soft Skills ont désormais une place prépondérante dans le recrutement ?

L.Défossés : Les jeunes sont de plus en plus diplômés, le marché du travail reste difficile et trouver un premier emploi est un processus long. En parallèle, les meilleurs talents sont chassés et recruter certains profils est très compliqué.

Je suis persuadée que les soft skills représentent un atout différentiateur majeur pour les candidats et les entreprises qui savent les déceler.

Mon expérience de recrutement m’a menée à embaucher une jeune diplômée âgée de 21 ans, il y a de cela quelques mois. Mon activité s’intensifiait donc il me fallait étendre mon service. Je recherchais un profil intuitif et extraverti. Elle était venue poser sa candidature spontanée auprès du service Marketing-Communication du groupe.

Son profil (soft skills) m’a plu. Ses compétences théoriques ne correspondent pas à mon activité, à première vue mais son profil SS est parfait. Elle est réactive et apprend vite, je capitalise sur ses compétences en communication digitale. Depuis deux mois que je travaille avec elle je suis pleinement satisfaite de son travail.

EDC : Y a t-il eu un « choc » des générations? Comment se passe le management inter-générationnel ?

L.Défossés : J’ai été surprise les premiers temps mais agréablement surprise. La génération dite Y est beaucoup plus demandeuse dans la relation managériale et c’est ce qui m’a marquée. Je ne me souviens pas avoir autant sollicité mon manager à mes débuts. Mais c’est un aspect que je considère positif notamment chez ma nouvelle recrue car plus elle m’en demande, plus elle en apprend. J’ai du faire un effort d’adaptation car sa réactivité et sa rapidité instaure un rythme que je ne connaissais pas non plus et qui est caractéristique de cette génération. Je pense que c’est là le plus gros challenge du management inter-générationnel : la différence de rythme demande un effort d’adaptation de la génération précédente à la nouvelle génération.

EDC : Pouvez-vous nous parler de votre expérience dans le recrutement ? Comment procédez-vous ?

Mon recrutement est basé sur la personnalité du candidat, ses Soft Skills, je sais lire, je ne fais pas passer des entretiens pour parler de ce qui est écrit sur un CV. Sachant cela, beaucoup de mes collègues, de services différents, m’ont demandé d’effectuer leur recrutement après sélection des candidats.

Au cours d’un entretien j’observe beaucoup le langage verbal et corporel du candidat. La vitesse d’élocution, la gestuelle, la clarté et la précision des propos tenus. Je me pose toujours une question précise : « est-ce que j’ai compris ce qu’il/elle m’a dit? ».  Dans un second temps, je tente de les mettre en situation et j’observe la relation instantanée : « Si vous êtes contactée par X entreprise pour X service, que faites-vous? ». Dans le cadre de mon activité c’est un élément décisif car il n’existe pas de compétences théoriques prédéfinies pour le moment et ce type de questions me permet de tester la réactivité des candidats, qualité essentielle à nos missions.

EDC : La question de la fidélisation des jeunes se pose de plus en plus, comment peut-on retenir un jeune diplômé ?

Le contenue de la mission au quotidien est plus important pour la nouvelle génération. Il faut savoir leur confier des projets qui leur plaisent et répondre à leurs attentes managériales. Pour la nouvelle génération faire chaque jour quelque chose qui leur tient à coeur peut s’avérer plus important que la société pour laquelle ils travaillent voire plus important que le salaire. Bien sûr on ne peut pas apprécier tous les aspects de son travail, et cela vaut pour toutes les générations, mais pour se sentir bien au travail il ne faut pas que cela dépasse 30% de nos activités quotidiennes. Autrement cela devient malsain.

EDC : Quel serait le conseil que vous donneriez à un jeune qui se lance dans la vie active ?

Conseil : connais toi toi-même. Le plus important est de savoir ce pourquoi on est fait.

« Je préfère être directeur général d’une société qui fait 1 million que DAF de celle qui fait trois milliards. »

Laetitia DESFOSSES, Directrice des participations chez Econocom.

Interviewée par Marine CRATERE et Anges NKONTA

Pour rencontrer d’autres professionnels autour des soft skills, inscrivez-vous dès à présent au Congrès Soft Skills du 9 juin 2017 en cliquant ici.

Congrès Soft Skills 2017 creparezent EDC

AUTEUR

Jérôme Hoarau

Co-fondateur de La-Semaine.com et de creapreZent, il est également co-auteur du livre Le Réflexe Soft Skills.

Tous les articles par : Jérôme Hoarau

Laisser une réponse

Votre adresse courriel ne sera pas poubliée